Operation

Le bus était bondé, et il y avait cette odeur de sueur, causée par la confrontation des premières chaleurs printannières et des habitudes vestimentaires hivernales. La conduite du chauffeur, la promiscuité poisseuse des corps, Yuck à fond dans mon casque; ce trajet allait relever du concert estival. C’était sans compter cette fille, celle qui allait être la groupie de mon concert, sinon ma groupie à moi. Elle avait les cheveux d’une couleur genre blond vénitien, enfin roux et des mèches blondes, un gribouillage de couleurs flamboyantes, bref elle était rousse. Coupés en carré façon maternelle, sa nuque était donc entièrement dégagée et la chaîne de son collier tombait en suivant le long de sa colonne vertébrale. Elle avait un tatouage au creux du poignet et de fausses persol, en plastique noir et mat. Ses écouteurs d’ipod descendaient de ses cheveux, j’oscillais alors entre la contemplation de sa nuque et l’espionnage de son blackberry. “In the flowers” d’AC, ah ouais carrément super cool pensais-je, avant qu’elle ne décide de changer pour du Arcade Fire. Ah mince. Je m’imaginais alors conseiller à Indie Girl, que si elle aimait l’indiepoprock de mes deux, peut-être qu’elle devrait écouter Yuck. Parce que ce n’est rien de plus que du pop rock, mais que je ne sais pas pourquoi, c’est vachement bien, c’est beau et ça pue, c’est un roulage de pelle à l’arrière goût de bière. Bon, voilà qu’elle regarde ses textos; “je pense à toi chaque moment de la journée.” Ah mince.

N’allez pas croire que l’album n’est que déception, il porte aussi l’espoir. Celui-ci finit sur Rubber, une chanson terriblement lascive, qui vous fait planer malgré votre coeur de pierre pour boulet. Si il y a déception, c’est peut-être de les avoir raté à Hyères l’été dernier, et si il y a espoir c’est sûrement d’aller les voir à Barcelone dans moins de deux mois.

Rubber